Remèdes du Monde : La médecine celte

Le : 12 mars, 2016 | Vu 7 008 fois

remèdes anciens : la médecine celte

Les plantes médicinales utilisées par les celtes anciens

Contrairement à l’image populaire souvent accordée comme un peuple primitif et indiscipliné, les celtes avaient en fait une société plutôt avancée et “industrielle” en étant tout de même les premiers négociants de cuivre et d’étain et l’un des premiers peuples à fondre ces deux métaux précieux en bronze, une pratique pour laquelle ils étaient maîtres et qui les a rendus très riches.


Les celtes anciens étaient aussi un peuple très holistique et spirituel et il semble que la réputation que leur porte la majorité d’entre nous aujourd’hui est aussi inexacte qu’injuste. Cela est dû en grande partie à cause des films d’Hollywood les présentant souvent comme de sauvages guerriers sanguinaires qui se précipitent dans la bataille agitant leurs armes primitives sans aucune idée d’un réel plan de bataille ou même sans comprendre ce pourquoi ils se battent. Leurs ennemis dans ces films sont souvent dépeints comme plus civilisé et intelligents ; Cependant la connaissance moderne des celtes a montré qu’ils étaient loin d’être incultes.

La spiritualité celtique

Les celtes étaient un peuple rural par choix, préférant vivre proches de la nature en raison de leur amour de la terre et parce qu’ils se considéraient eux-mêmes être les gardiens de la Terre Mère. Les druides étaient les gardiens spirituels des celtes et faisaient en sorte que chaque citoyen celtique mène un style de vie holistique sain. L’exercice couplé à une bonne alimentation étaient les fondements d’une spiritualité saine, reflétée dans de nombreux festivals celtiques. Les celtes pratiquaient l’animisme, une croyance religieuse où toute chose avait un esprit : l’eau, les arbres, les rochers, la terre elle-même c’est  pour cette raison qu’ils prenaient soin de la nature en particulier, de peur d’affliger un esprit.

CERNUNNOS : dieu au crâne de cerf (dieu au bois de cervidé), c'était un dieu de la fécondité terrienne, du renouveau des forces de la nature, on le représentait assis en tailleur, la tête couverte d'une double ramure de cervidé, comme ici, sur le chaudron cultuel d'argent de Gundestrup trouvé en 1891 au Jutland (Danemark) et conservé au musée de Copenhague. Il est souvent accompagné d'un serpent à tête de bélier et parfois d'un taureau, symbole de la reproduction.

CERNUNNOS : dieu au crâne de cerf (dieu au bois de cervidé), c’était un dieu de la fécondité terrienne, du renouveau des forces de la nature, on le représentait assis en tailleur, la tête couverte d’une double ramure de cervidé, comme ici, sur le chaudron cultuel d’argent de Gundestrup trouvé en 1891 au Jutland (Danemark) et conservé au musée de Copenhague. Il est souvent accompagné d’un serpent à tête de bélier et parfois d’un taureau, symbole de la reproduction.

Les arbres ont tenu une place particulière dans la religion celtique, ils ont d’ailleurs développé leur alphabet autour de différents arbres. Les druides étaient également les chamans des celtes, les anciens “witchdoctors” et ils ont beaucoup utilisé les arbres pour leur médecine. Nous allons voir dans cet article quelques-unes des plantes utilisées par la médecine celtique. Toutes se trouvent en Irlande et également dans le reste de l’Europe dans des quantités variables selon les régions, en particulier bien sûr en Grande-Bretagne et au Pays de Galles. Cette page doit uniquement être utilisée à des fins informatives. Je ne suis pas un médecin ou un herboriste qualifié et tous les traitements à base de plantes doivent être menés sous la supervision d’un herboriste ou d’un naturopathe qualifié et autorisé.

Plantes et remèdes de la médecine celte…

Myrtille – (Fraochán)

Il est facile d’imaginer les anciens celtes dans les forêts ou le long des berges et des tourbières de la région des Midlands au sud de l’Irlande, là où la myrtille est abondante, collecter des paniers et de les ramener dans leurs villages, mastiquant des poignées d’entre elles jouissant de leur travail. Des endroits comme Glenbarrow et les montagnes de Slieve Bloom sont d’excellents domaines d’expérimentation de ce type de voyage dans le temps, où l’on peut se promener le long des sentiers de nature et d’avoir un aperçu de ce que la vie pouvait être à l’époque.

Parmi les remèdes naturels utilisés par les celtes, la myrtille était probablement l’un des plus bénéfique et les plus facile à administrer, car vous aviez simplement à en croquer une poignée.

Aussi connues comme huckleberries, les myrtilles contiennent des antioxydants puissants, protégeant les parois artérielles et prévenant l’engraissement dangereux des veines ainsi que d’autres dommages. Elles sont également censées renforcer la barrière hémato-encéphalique, une membrane qui sépare le cerveau du sang circulant autour de lui. Cela empêche les substances nocives suspectées accélérer le vieillissement d’atteindre le cerveau et d’aider à prévenir les maladies débilitantes comme la maladie d’Alzheimer par exemple.

druides et médecine celte

Dolmen irlandais © Nicolas Raymond

Elles sont aussi de très puissants agents anti-cancéreux et contiennent des anthocyanidines, une classe de composés organiques flavonoïde largement distribués dans les plantes supérieures ; certaines ne sont que des pigments et d’autres ont des propriétés physiologiques. Ces anthocyanines protègent également notre système immunitaire et ont aussi des propriétés anti-histamine. Les myrtilles sont aussi bonnes pour la peau, l’aidant à maintenir son élasticité et sa tonicité ainsi que pour la vision, pendant la guerre, les pilotes anglais ont mangé de la confiture de myrtille avant les missions de nuit pour faciliter la vision de nuit.

Il est facile d’incorporer la myrtille dans votre régime alimentaire en en mangeant simplement environ une tasse chaque jour, dans une salade de fruits avec vos céréales du petit déjeuner, sur du pain grillé ou comme un délicieux désert.

Les celtes vénéraient tellement la myrtille qu’ils en ont même célébré leur maturation avec le Festival de Lugnasa qui a eu lieu le dimanche le plus proche du premier jour d’août, où la récolte des baies faisait partie des célébrations. Dans certaines parties de l’Irlande ils célèbrent encore ce festival comme le dimanche de Fraochán.

Bardane

Considérée comme une mauvaise herbe envahissante par de nombreux jardiniers, la bardane a été tenue en haute estime par les celtes qui l’ont utilisé comme médicament et aliment, ses racines étant consommées cuites ou crus comme légume. Contrairement aux jardiniers d’aujourd’hui, les celtes considéraient aucune plante comme mauvaise herbe et avaient compris que chaque plante avait ses valeurs ses vertus.

La bardane s’est trouvée être une excellente herbe de détoxification en raison de sa capacité à stimuler l’organisme à éliminer les toxines. Elle active tous les systèmes, les poumons, le foie, les reins, les glandes excrétrices sudoripares et les systèmes lymphatique et urinaires pour expurger les toxines et l’excès de liquide et ainsi les déboucher et les détoxifier.

Les druides chamans peuvent avoir donné de la racine de bardane aux adolescents pubescent souffrant d’acné, comme il a été démontré que la bardane améliore cette condition ainsi que l’eczéma et le psoriasis et contribue également à réguler le système hormonal en raison de ses teneurs en stérols végétaux, qui ont aussi de puissantes propriétés hypocholestérolémiantes.

bardane plante médicinale celte

La bardane aurait également été donnée aux personnes âgées souffrant d’arthrite, de la sciatique ou de la goutte. Elle est très alcaline et anti-inflammatoire et est utilisé par les herboristes d’aujourd’hui pour traiter ces conditions. On comprend mieux pourquoi elle aurait été l’une des principales plantes utilisées par la médecine celte.

La bardane pousse un peu partout en raison de sa résilience, mais préfère les sols à forte teneur en argile. On en trouve beaucoup près de la lagune sud à Sandymount Strand dans la région de Clontarf Road de Dublin. Elle est très facile à utiliser comme détoxifiant, tout simplement en faisant un thé de ses racines qu’il vaut mieux récolter en juillet quand elles sont à l’apogée de leur valeur médicinale.

Ortie – (Neanntóg)

On trouve l’ortie naturellement dans les zones boisées et les étangs, elles poussent dans un sol fertile, inondé de lumière du soleil abondante et d’humidité dont elle a besoin pour prospérer. Ce n’est que lorsque l’homme a commencé à abattre les forêts pour ses constructions que l’ortie a commencé à se développer ailleurs. C’est une plante rustique qui a survécu à plusieurs âges de glace selon les archéologues. L’ortie est aux côtés de l’homme partout depuis toujours. Qui parmi nous n’a jamais ressenti une piqûre d’ortie étant un gamin ?

Les causes de cette sensation de brûlure que provoque le contact de l’ortie sont la pénétration dans notre peau de nombreux poils ressemblant à des aiguilles qui couvrent la plante. Cela agresse notre système immunitaire qui rejète alors de l’histamine, une substance chimique trouvée dans certaines  cellules du corps. Le système immunitaire croit à tort que cette substance inoffensive soit réellement nocive pour le corps et l’histamine agit alors sur les yeux, le nez, la gorge, les poumons, la peau d’une personne, provoquant des symptômes d’allergie.

Mais l’ortie est significative parmi les herbes utilisées par les celtes en ce qu’elle était probablement l’une des plus largement utilisées grâce sa capacité à prévenir les hémorragies et à arrêter le saignement des plaies. Elle fut utilisée pour traiter les plaies que les guerriers celtes reçevaient dans la bataille et aussi pour aider à réduire les menstruations excessives chez les femmes.

ortie plante médicinale celte

L’ortie contient aussi des fibres et les anciens celtes les auraient probablement utilisées pour fabriquer des tissus pour leurs vêtements. L’ortie a été utilisée pour fabriquer des tissus par les allemands pendant la seconde guerre mondiale, lorsque le coton était en pénurie. Récemment, il a été constaté que la lectine trouvée dans l’ortie est utile dans le traitement de l’élargissement de la prostate et est largement prescrite pour cela de nos jours.

L’ortie a aussi une place de choix dans l’ancien folklore celtique. Connue comme “griffe du diable”, l’ortie était censé indiquer le lieu de vie des fées et ses piqûres protégeaient de la sorcellerie.

Gui – (Drualas)

Le gui a très probablement été importé en Irlande par les grecs qui commerçaient avec les celtes avec qui ils échangeaient des connaissances médicales. La référence au gui est parsemée dans tous les recoins de la mythologie grecque, la déesse Athéna l’utilisait comme curative et Enée en a emporté avec lui dans le monde souterrain pour assurer son retour dans le monde du dessus.

Les druides sont devenus de grands cultivateurs de gui et l’on peut en trouver aujourd’hui à Waterford sur de vieux pommiers. Les celtes avaient un nom spécial pour le gui des pommiers, il l’appelaient branche d’argent et il fut considéré comme sacré pour le dieu celtique Manannan, le dieu de la mer. Il est maintenant tout à fait rare cependant et ne peut être trouvé que dans environ une douzaine d’endroits dans toute l’Irlande d’aujourd’hui.

druides et médecine celte

Manannan Mac Lir est apparu pendant une période où les hommes étaient encore fortement reliés à la nature et où le respect des cinq éléments était vital à chacun. Connu dans de nombreuses terres commeTuatha dé danann le dieu des océans, il est également le seigneur des tempêtes et du temps, le maîtres des cultes magiques et l’ami des rêveurs.

Les druides utilisaient le gui dans leurs célébrations de la fête de Alban Arthuan, tenue au cours du Solstice d’hiver autour du 21 Décembre. L’écrivain grec Pline mentionne que les druides coupaient le gui lors de la nouvelle lune à la fin de l’année celtique (autour du 21 Décembre) et l’utilisait pour décorer les arbres de chêne, ils entouraient la zone où ils se partageaient le repas de cérémonie. Ils utilisaient ensuite ces branches de gui en conjonction avec le sacrifice d’un taureau pour apaiser le Chêne Dieu Hu, qui croyaient-ils leur donnerait la vigueur sexuelle.

Hallucinogènes lorsqu’elles sont consommées en de grandes quantités, les baies de gui ont été très probablement utilisées par les druides lors de leurs rituels d’incantation et pour entrer dans les “autres mondes”. De tous les remèdes naturels celtiques, ce fut l’un des plus puissants.

De nos jours, le gui a été étudié pour le traitement possible de divers cancers et un médicament appelé Iscador a été développé par Rudolph Steiner et une équipe de médecins, des pharmaciens et des scientifiques dans les années 1920. Depuis lors, une pléthore de médicaments à base de gui ont été brevetés par diverses entreprises avec des noms tels que Plenosol, Helixor et Isorel.

Les herboristes modernes utilisent également le jus ou de la teinture de gui pour traiter le cancer, mais le gui est extrêmement puissant et je le répète, il ne doit être pris uniquement sous la supervision d’un herboriste qualifié et autorisé.

Pissenlit – (Caisearbhán)

En Avril dans toute l’Irlande de beaux champs de pissenlit peut être vus en grande abondance. Le pissenlit est une des plantes sauvages les plus courantes de l’Irlande et dans le monde, c’est pour cela qu’elle fut une autre des plantes les plus utilisées pour la médecine par les anciens celtes. Ils célébraient le 1er Février comme la fête de la Déesse Blanche que le christianisme adopta plus tard et rebaptisa la Ste Brigitte, l’un de ses symboles était le pissenlit. Les celtes auraient utilisé le pissenlit pour traiter la fièvre comme le paludisme et la jaunisse. La racine de pissenlit elle stimule le foie. Ceci fut soutenu au 12ème siècle par un texte médical “Les médecins de Myddfai” et les dossiers de la médecine folklorique de CountyMeath en Irlande.

pissenlit plante médicinale celte

Les celtes ont aussi utilisé la racine de chicorée (plante très proche du pissenlit avec la même amertume et sensiblement les mêmes propriétés), comme ils le faisaient dans les comtés de Cork et Kerry pendant la Seconde Guerre mondiale, fréquemment utilisée depuis chez les naturalistes d’aujourd’hui.

Le pissenlit a ensuite été cultivé dans les monastères médiévaux et entra dans le répertoire des médicaments naturels de l’époque. Un tonique fabriqué à partir de sa sève se prenait au printemps dans le cadre d’un processus de rajeunissement et de “nettoyage de printemps”. C’était en accord avec les pratiques des anciens celtes qui étaient très en phase avec les cycles de la nature.

Le pissenlit est aujourd’hui utilisé comme un puissant détoxifiant, nettoyant le sang et aidant à la digestion. Il renforce le foie et l’aide en décomposant les toxines, il stimule également les reins pour que les toxines s’éliminent rapidement. L’écoulement de la bile dans l’intestin est stimulée par le pissenlit ce qui permet une meilleure digestion et empêche la formation de calculs biliaires.

Saule – (Saille)

Une autre des plantes utilisées pour la médecine par les anciens celtes fut le saule. Le saule était sacré pour les celtes, ils l’honoraient du 18 mars au 15 avril sur le calendrier celtique et il peut avoir été utilisé par les celtes pour lutter contre les rhumatismes, très communs dans l’humidité des tourbières. Le saule a également été sacré par la déesse de la forêt, de la chasse et de la lune Arduinna et le dieu Druid Beli.

L’acide acétylsalicylique dérivée de l’écorce du saule, a peut-être été utilisé par nous tous à un moment ou un autre. Il est communément connu aujourd’hui comme l’aspirine!

saule plante médicinale celte

La déesse Arduinna, souvent représentée avec son arc chevauchant un sanglier.

Le mode d’administration de l’écorce de saule pour ses effets anti-inflammatoires se fait généralement sous forme de thé (infusion) par les herboristes, quelques grammes d’écorce bouillis dans une pinte d’eau et administrés environ 3 fois par jour.

Consoude – (Lus na Cnámh Briste)

Le nom gaélique de consoude signifie “réparateur des os brisés”, et est utilisée en cataplasme aujourd’hui pour traiter les entorses, foulures, contusions et enflures. Jusqu’à récemment, elle fut utilisée par les familles des îles d’Aran, Kerry, Limerick et d’autres parties du pays comme cataplasme pour la guérison des os brisés, cette pratique a probablement été transmise à travers les générations depuis les anciens celtes. La consoude se trouve tout le long de la rivière de Shanganagh et près de Loghlinstown et dans le passé, dans certaines parties de Co Louth le long de la rivière Boyne.

La consoude est une plante vivace; elle pousse toute l’année et était largement à la disposition des médecins celtiques. Les propriétés astringentes de consoude la rende efficace pour stopper une hemorhhage interne et elle fut prise en décoction pour se faire.

La consoude a de puissants effets réparateurs des tissus et aurait été utilisée régulièrement pour traiter les plaies et les blessures ouvertes. Il y eut une certaine controverse au sujet de la toxicité de la consoude. Pour le moment rien n’est encore prouvé sur la toxicité de la consoude.

Sources
  • M. Dillon et N. Chadwick, Le Celtic Realms (Londres, 1967)
  • Le pouvoir de guérison des plantes celtiques : leur histoire, leur utilisation, et les preuves scientifiques de leurs bienfaits, le 18 Septembre 2006, Angela Paine
  • Michael Terra, The Way of Herbs 1998
  • Plantes médicinales dans Folk Tradition, le 18 Juillet 2012 ; David E. Allen, Gabrielle Hatfield

à voir aussi : Remèdes du monde : La médecine naturelle chinoise



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